En France, les pauvres s'en vont aussi à la campagne

Par Marianne BERTHOD-WURMSER
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Marianne BERTHOD-WURMSER, "En France, les pauvres s'en vont aussi à la campagne", CERISCOPE Pauvreté, 2012, [en ligne], consulté le 07/12/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/pauvrete/content/part2/en-france-les-pauvres-sen-vont-aussi-a-la-campagne

Observée en « instantané », la fin d’une société rurale traditionnelle reste perceptible mais n’est pas la seule cause de la pauvreté. L’avenir pourrait-il réorienter les campagnes vers des évolutions plus positives ? Nul ne songe à un retour massif du paysan traditionnel. Mais la « vague verte » et une vision idéalisée de « la vie saine à la campagne », facilitée par la réduction des distances (par Internet ou les moyens de transport rapide) pourraient le faire penser. Trois évolutions majeures pèsent cependant sur le futur.

Le dernier recensement (2006) a confirmé un retournement des évolutions démographiques. Certes, le dépeuplement se poursuit sur certains territoires, mais il est très largement compensé par un dynamisme nouveau sur l’ensemble de l’espace rural, et notamment sur les côtes méditerranéennes et atlantiques.

Au total, la population rurale est en croissance, au même rythme que l’ensemble de la population. Le solde naturel y restant négatif, l’espace rural se repeuple essentiellement grâce à un mouvement migratoire, alors que les pôles urbains sont en décroissance. Conséquence notable : l’espace rural vieillit relativement moins vite que l’espace urbain (voir le tableau : L’espace rural se « repeuple »).

Les migrants pourraient donc constituer un nouveau potentiel pour le milieu rural. Toutefois, la répartition des arrivants par CSP n’est pas radicalement différente de la répartition actuelle des actifs, insuffisamment qualifiés. Les catégories peu qualifiées (employés et professions intermédiaires) ou non actives (retraités, personnes sans activité professionnelle, élèves ou étudiants) y occupent une place importante ; les cadres et professions intellectuelles supérieures constituent une faible part des flux (voir le tableau : Catégorie socioprofessionnelle des migrants d’âge actif).
 

Dans les années 2000, l’augmentation très rapide des prix d’acquisition des logements, des loyers et des charges annexes au logement (notamment les charges énergétiques) en ville, combinée à une stagnation des revenus, a été pour une large part à l’origine de ces migrations. Le logement est en effet devenu un poste majeur dans des budgets familiaux contraints (jusqu’à 40% pour certains ménages). Nombre de familles fortement touchées ont cherché à réduire la facture en déménageant dans des zones « moins chères ». Les coûts d’acquisition et les loyers sont en effet moins élevés en zone rurale et en outre, dans les dix dernières années, ils ont augmenté moins vite que dans les grandes agglomérations. Les hausses n’ont pas épargné le secteur social, notamment en Ile de France. A partir de la fin des années 1990, la hausse des dépenses de logement a donc poussé les migrations (directes ou plus complexes) jusque dans le « rural profond », bien que le parc rural y soit souvent privé, vétuste, en mauvais état et difficile à chauffer. Ce parc est devenu attractif pour des familles modestes mais aussi pour des familles déjà précaires qui ont espéré une vie moins lourde « qu’entre deux tours ».

Ces familles migrantes n’ont pas toujours mesuré les risques de leur environnement d’accueil : une difficulté peut y entraîner en chaîne des problèmes cumulatifs et mener certaines d’entre elles à l’isolement physique, à une sociabilité problématique et à de graves problèmes financiers. Or pas plus aux « ruraux d’origine » qu’à ces « néo ruraux », l’évolution des réseaux d’équipements et services ne semble pouvoir apporter un soutien solide dans le présent contexte.