Entre sécurisation de l’environnement et environnementalisation de la sécurité : le défi de la sécurité environnementale à l’ONU

Par Lucile MAERTENS
Comment citer cet article
Lucile MAERTENS, "Entre sécurisation de l’environnement et environnementalisation de la sécurité : le défi de la sécurité environnementale à l’ONU", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 24/03/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part4/entre-securisation-de-l-environnement-et-environnementalisation-de-la-securite

Alors que nous avons observé une sécurisation de l’environnement dans les discours et les activités de différentes institutions onusiennes, le cas onusien fait également état de manœuvres « environnementalisant » la sécurité, soit la construction de la sécurité comme un enjeu environnemental. Tout comme Angela Oels décrit la « climatisation du champ de la sécurité » (Oels 2012), nous allons mettre en évidence un processus d’« environnementalisation » des opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Tout d’abord, ce processus s’inscrit dans la stratégie globale des Nations unies Greening the blue, initiée en 2010 et particulièrement soutenue par le Secrétaire général Ban Ki-moon, qui aspire à réduire l’empreinte écologique des activités de l’organisation. Or cette politique fait directement écho aux réalités du terrain, et plus précisément aux préoccupations environnementales croissantes en matière d’opérations de maintien de la paix, activité la plus onéreuse et la plus visible du travail de l’ONU. En effet, alors que les missions se sont complexifiées dans les années 1990, évoluant sur les plans quantitatif et qualitatif, leurs conséquences sur l’environnement ont fait l’objet d’une attention croissante. Ainsi, en 2009, une politique environnementale est approuvée (document interne) et des officiers environnementaux sont nommés dans certaines missions.

Mais l’application des directives est inégale. Ainsi, alors que l’épidémie de choléra survenue en Haïti à la suite du tremblement de terre de 2010 a été attribuée aux casques bleus et à leur mauvaise gestion des eaux usées (le secrétariat de l’ONU ne reconnaît qu’une part de responsabilité limitée, le discours officiel étant qu’il s’agit d’une cause parmi d’autres), le département des opérations de maintien de la paix et le département d’appui aux missions ont été amenés à considérer les impacts des missions sur leur environnement, en termes de risques écologiques et sanitaires notamment, avec encore plus d’intérêt. Les activités sécuritaires de l’ONU sont donc progressivement inscrites à l’agenda environnemental de l’organisation.

Cette « environnementalisation » est d’autant plus intéressante qu’elle permet également la mise sur agenda de la sécurité environnementale. En effet, tout comme la technicisation constitue une manœuvre pertinente pour sécuriser l’environnement tout en évitant la surpolitisation et les enjeux de souveraineté qui font souvent obstacle à la coopération, l’« environnementalisation » de la sécurité peut soutenir la sécurisation de l’environnement. Cette manœuvre est particulièrement apparente dans le rapport du PNUE sur l’environnement et le maintien de la paix intitulé Greening the Blue Helmets (2012). Ce rapport est divisé en deux parties qui sont présentées comme logiquement connectées alors que, sur le terrain, elles ne concernent pas les mêmes problématiques et acteurs ni ne requièrent les mêmes types de solution. La première partie est consacrée à l’empreinte écologique des missions alors que la seconde touche aux ressources naturelles, aux conflits et au maintien de la paix. Cette association singulière est en réalité un choix stratégique. Dans la mesure où les fortes divisions au sein du Conseil de sécurité n’auraient pas permis de publier un rapport entièrement consacré aux conséquences des problématiques environnementales sur la sécurité internationale et le maintien de la paix, le PNUE a choisi de combiner cette question à un sujet moins polémique, à savoir l’impact écologique des missions. L’« environnementalisation » de la sécurité était donc un moyen de sécuriser l’environnement.