Entre sécurisation de l’environnement et environnementalisation de la sécurité : le défi de la sécurité environnementale à l’ONU

Par Lucile MAERTENS
Comment citer cet article
Lucile MAERTENS, "Entre sécurisation de l’environnement et environnementalisation de la sécurité : le défi de la sécurité environnementale à l’ONU", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 26/09/2018, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part4/entre-securisation-de-l-environnement-et-environnementalisation-de-la-securité

Depuis les années 2000 et à plusieurs reprises, différents aspects des problématiques environnementales ont été inscrits à l’agenda du Conseil de sécurité : ressources naturelles et conflits, environnement et maintien de la paix, changement climatique et sécurité.

Au sujet des ressources naturelles, si aucune résolution intégralement dédiée à cette question n’a été votée, on peut tout de même souligner deux résolutions du Conseil (S/RES/1459, 28 janvier 2003 ; S/RES/1625, 14 septembre 2005) et une déclaration du président (S/PRST/2007/22, 25 juin 2007) conclue à la suite d’un débat organisé en 2007 par la présidence belge sur le thème « Maintien de la paix et de la sécurité internationales : ressources naturelles et conflit ». Cette dernière reconnaît le rôle et l’importance des ressources naturelles en matière de conflits et de prévention des conflits. A la suite de diverses résolutions portant sur le commerce illicite de diamants bruts, source de financement de certains conflits, le Conseil a également apporté son soutien au système de certification entré en vigueur en 2003 (processus de Kimberley).

Toutefois, ce qui caractérise le traitement de cette problématique par le Conseil est l’absence de réponse systématique et une approche au cas par cas. Il ne considère les questions de ressources naturelles et d’environnement que dans des cas spécifiques. Le Conseil a ainsi requis l’investissement des missions de maintien de la paix en matière de ressources naturelles en leur donnant des mandats directs ou indirects dans de nombreux cas listés dans le tableau ci-dessous.

Enfin, de manière un peu plus polémique, le changement climatique a récemment été mis à l’agenda du Conseil. Une première fois en 2007, sous la présidence britannique, le Conseil a débattu des potentielles conséquences du changement climatique sur la sécurité internationale. Aucun accord n’a résulté de ce débat qui a cristallisé les oppositions Nord-Sud, qui se sont à nouveau manifestées en 2011 lors d’un deuxième débat sur cette question organisé à la demande de la présidence allemande. Bien que le G77 et la Chine reconnaissent un lien possible entre changement climatique et sécurité, ils demandent à ce que cela soit débattu à l’Assemblée générale – une arène universelle contrairement au Conseil de sécurité –, le changement climatique étant un enjeu de développement qui concerne tous les Etats. Une déclaration du président a tout de même été adoptée priant le Secrétaire général d’intégrer ces éléments de contexte dans ses rapports au Conseil (S/PRST/2011/15, 20 juillet 2011). Enfin, début 2013, une rencontre dans le cadre de la formule Arria – rencontres informelles et confidentielles du Conseil où des acteurs externes peuvent être invités à s’exprimer sur un sujet – organisée par le Pakistan et le Royaume-Uni, a été consacrée aux implications du changement climatique sur la sécurité internationale.

Même si le G77 et la Chine ont à nouveau refusé que le changement climatique soit inscrit dans les prérogatives du Conseil, on peut présumer que des actions complémentaires pourront être mises en œuvre à l’avenir, notamment dans le cadre des opérations de maintien de la paix comme cela a déjà été le cas.