Les lobbies environnementaux : intérêts d’une approche pluraliste

Par Amandine ORSINI
Comment citer cet article
Amandine ORSINI, "Les lobbies environnementaux : intérêts d’une approche pluraliste", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 17/07/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part3/les-lobbies-environnementaux-interets-d-une-approche-pluraliste

Alors que jusqu’à présent les analyses se sont concentrées sur le rôle politique des lobbies dans la politique internationale de l’environnement, nous souhaitons aborder ici un premier enjeu majeur de leur présence dans l’arène internationale : les conditions de leur participation aux débats environnementaux. Deux tendances sont perceptibles. D’un côté, certaines négociations souffrent d’engorgement, comme les négociations sur le changement climatique, qui ont rassemblé plus de 45 000 personnes à Copenhague en 2009 pour la 15e conférence des parties. Cette affluence a engendré notamment de gros problèmes organisationnels, empêchant certains lobbies de participer aux réunions officielles (Fisher 2010). D’un autre côté, certaines décisions, notamment sur les déchets nucléaires ou les OGM, sont souvent prises sans consultation préalable de la société civile, d’où la nécessité d’établir des accords comme la Convention d’Aarhus sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et à la justice en matière d’environnement de 1998 pour remédier à cette carence démocratique. Les lobbies peinent également à suivre certaines négociations car elles se déroulent dans plusieurs forums parallèles : c’est le cas des négociations sur les forêts ou sur les ressources génétiques. Prendre part à ces processus de négociation et de décision est d’autant plus difficile pour les lobbies disposant de peu de ressources, et notamment ceux basés dans les pays en développement.

Une autre tendance observable actuellement est celle de l’hybridation croissante des catégories « public » et « privé », qui a donné lieu à la création d’organismes mixtes alliant lobbies non étatiques et gouvernements. Cette forme de coopération particulière, que l’on désigne par l’expression « partenariats public-privé », pose un certain nombre de nouvelles questions quant à sa légitimité, son efficacité et sa représentativité (Pattberg et al. 2012). La gestion de l’eau potable est un domaine particulièrement concerné par ces débats.

Enfin, n’oublions pas que les acteurs non étatiques remplissent des fonctions multiples et bien souvent indispensables. Ils influencent la politique internationale de l’environnement via des lobbies mais cherchent aussi à la faire avancer quand les gouvernements peinent à s’entendre. Des initiatives comme le Forest Stewardship Council ou le Marine Stewardship Council, qui proposent des labels environnementaux sous réserve du suivi de consignes environnementales précises en matière de gestion forestière d’un côté et de gestion des ressources halieutiques de l’autre, sont ainsi au cœur de la politique internationale de l’environnement sur ces deux thématiques.