La fin du pétrole : mythe ou réalité ?

Par Philippe COPINSCHI
Comment citer cet article
Philippe COPINSCHI, "La fin du pétrole : mythe ou réalité ?", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 21/03/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part2/la-fin-du-petrole-mythe-ou-realite

L’un des arguments-clés des pessimistes porte sur la fiabilité des statistiques des réserves. L’absence de données fiables découle en premier lieu du fait qu’elles procèdent, par définition, d’estimations. Ce n’est qu’a posteriori, lorsque tout le pétrole d’un gisement a été pompé, qu’il est possible de dire avec certitude la quantité qui s’y trouvait. Les statistiques des réserves ne sont donc pas de simples données scientifiques car elles possèdent une valeur commerciale voire politique importante, tant pour les compagnies pétrolières que pour les Etats producteurs. Très logiquement, de fortes divergences peuvent exister entre les estimations des différents organismes publiant des chiffres sur les réserves dans le monde (parfois du simple au double).

Les statistiques des réserves sont donc à prendre avec précaution. Dans les pays où les ressources sont sous le contrôle exclusif des compagnies d’Etat, celles-ci sont totalement libres de déclarer ce qu’elles veulent, sans expertise indépendante et sans sanction en cas de fausse déclaration. Même pour l’observateur peu averti, les statistiques des réserves dans les pays de l’OPEP sont d’ailleurs relativement suspectes car les chiffres ne varient quasiment pas d’une année à l’autre, comme si chaque baril produit était automatiquement remplacé par un nouveau baril découvert. Autre source de suspicion, la plupart des membres de l’OPEP ont, dans les années 1980, substantiellement augmenté leurs réserves faisant grimper le total mondial des réserves de 40 % en quelques années par un simple jeu d’écriture. Ces révisions sont intervenues au milieu des années 1980, lorsque la consommation mondiale de pétrole était en baisse à la suite des chocs pétroliers de 1973 et 1979 et que, pour limiter l’offre afin de maintenir le prix du baril à un niveau élevé, l’OPEP fut obligée de réduire sa production à travers un système de quotas attribués notamment en fonction de l’importance des réserves. Chacun avait intérêt à surévaluer les siennes pour se voir attribuer le plus haut quota possible.

Les compagnies privées sont également tentées de surévaluer les réserves. En 2003, la compagnie anglo-néerlandaise Shell fut obligée de réduire les siennes de 20 % (soit cinq milliards de barils) après avoir reconnu les avoir surévaluées. Actif essentiel dans le bilan d’une compagnie pétrolière, les réserves qu’elle possède représentent l’assurance d’une production future et, par conséquent, de futurs revenus. La valeur boursière d’une compagnie est donc directement liée au niveau de ses réserves. Bien que les règles de comptabilisation des réserves imposées aux compagnies cotées en bourse soient très strictes, celles-ci peuvent être tentées de surévaluer leurs réserves afin de faire grimper leur cours de bourse.