La fin du pétrole : mythe ou réalité ?

Par Philippe COPINSCHI
Comment citer cet article
Philippe COPINSCHI, "La fin du pétrole : mythe ou réalité ?", CERISCOPE Environnement, 2014, [en ligne], consulté le 22/08/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/environnement/content/part2/la-fin-du-petrole-mythe-ou-realite

Face au constat d’une ressource non renouvelable dont la consommation dépasse les quantités découvertes, certains géologues, qualifiés de « pessimistes », estiment que la production mondiale de pétrole va inéluctablement atteindre d’ici quelques années un sommet appelé pic de production, puis commencer à décroître en raison de l’épuisement des réserves. Marion King Hubbert (1903-1989), un ancien géologue américain de Shell, fut le premier à théoriser cette idée. Selon lui, l’exploitation du pétrole suit une courbe en cloche dont le sommet correspond au pic de production. Constatant la diminution des découvertes pétrolières faites aux Etats-Unis à partir des années 1940, King Hubbert publia en 1956 une étude prévoyant que la production américaine de pétrole brut allait atteindre son pic de production au début des années 1970 (Hubbert 1956). Ces prédictions se sont avérées correctes, à ceci près qu’il n’avait pas envisagé que le développement de la production dans l’offshore profond du golfe du Mexique et dans des zones polaires d’Alaska puisse compenser en partie le déclin de la production. En 1972, les Etats-Unis produisaient 11,3 millions de barils par jour (Mb/j), avant de décliner à 6,8 Mb/j en 2008 ; depuis cette date, la production est repartie à la hausse (10 Mb/j en 2013), du fait du développement du pétrole non conventionnel, également ignorée à l’époque par King Hubbert (BP 2014).

Ailleurs dans le monde, le phénomène se répète. Malgré l’utilisation des technologies les plus modernes et la hausse tendancielle du prix du pétrole sur le marché mondial, la production décline depuis une dizaine d’années en mer du Nord (Royaume-Uni, Norvège) ainsi qu’en Indonésie (d’où la suspension de sa participation à l’OPEP en 2009). C’est aussi le cas du Mexique, qui connaît un déclin rapide, mais dans un contexte politico-pétrolier très particulier où se mélangent un fort protectionnisme nationaliste anti-américain (qui prive le pays des capitaux et des technologies les plus avancées des compagnies internationales, raison pour laquelle le gouvernement de Peña Nieto a lancé la libéralisation du secteur pétrolier en 2014) et une forte corruption au sein de la compagnie publique Pemex. En étendant à l’ensemble du monde la méthode d’analyse de King Hubbert, d’aucuns estiment que le pic de production mondial devrait être atteint entre 2010 et 2020 (voir notamment le site de l’Association for the Study of Peak Oil and Gas, ASPO).

 

Ce discours pessimiste ne convainc pas tout le monde car par le passé, nombreuses ont été les prévisions alarmistes qui furent démenties par les faits. King Hubbert le premier avait estimé que la production mondiale allait atteindre son pic vers l’an 2000 (Hubbert 1956). Or ces prévisions se sont avérées fausses puisque la production pétrolière mondiale n’a cessé d’augmenter tout au long des années 2000 (sauf en 2008 où elle a légèrement baissé, non faute de réserves, mais parce que la crise financière et économique a fait chuter la demande).