Phénomène diasporique, transnationalisme, lieux et territoires

Par Michel Bruneau
Comment citer cet article
Michel Bruneau, "Phénomène diasporique, transnationalisme, lieux et territoires", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 04/06/2020, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/part4/phenomene-diasporique-transnationalisme-lieux-et-territoires

Une analyse de la carte des émigrants de longue durée (séjournant depuis au moins un an dans un pays autre que celui de leur résidence habituelle) par pays d’origine en 2006 permet de situer les phénomènes étudiés. La part des émigrants dans la population totale est égale ou dépasse 25% de la population totale dans les très petits pays insulaires ou continentaux, dans les zones de contact entre continents et civilisations qui sont aussi des zones de conflit et/ou de crise : l'arc allant de l’Estonie à l’Ukraine, les Balkans, le Caucase, Palestine-Israël-Liban, l’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizie, Tadjikistan), l’Amérique centrale-Caraïbe. Les effectifs d’émigrants les plus importants viennent des pays les plus peuplés d’Asie (Chine, Inde Bangladesh, Philippines) et de Russie, mais aussi du nord de l’Afrique (Égypte, Maroc, Algérie) et d’Europe (Allemagne, Pologne, Royaume-Uni, Italie). Mais la part de ces émigrants dans la population totale de ces pays n’y dépasse jamais 10%. D'importants effectifs (plus de 5 millions) sont aussi originaires de quelques grands pays de contact (principalement Mexique, Turquie et Ukraine). L’Afrique subsaharienne, les grands pays d’Amérique (Canada, États-Unis, Brésil, Argentine), les pays scandinaves, l’Australie fournissent peu d’émigrants de longue durée soit parce que leur niveau de développement encore faible ne favorise pas la mobilité (Afrique), soit parce que ce sont des pays riches et/ou en forte croissance économique. Deux pays européens de tradition migratoire ancienne, l’Irlande et le Portugal, se distinguent avec plus de 10% ou 25% d’émigrants.

Un échantillon de quinze pays a été choisi pour étudier les phénomènes de diasporas et de communautés transnationales en fonction des données disponibles et de leur représentativité. L’analyse statistique et cartographique n’est, en effet, pas suffisante pour étudier et comprendre ces phénomènes de transnationalisme. La comparaison entre les statistiques des émigrants de longue durée et les estimations des effectifs de diasporas montre que ces deux phénomènes ne sont pas nécessairement corrélés. Les premiers se situent dans un temps relativement court (quelques décennies) alors que les secondes relèvent d’une longue durée (plusieurs décennies, plusieurs siècles, voire des millénaires). On constate par ailleurs que trois pays (Mexique, Bolivie, Cambodge) ne revendiquent ou ne mentionnent pas l’existence d’une diaspora. Les quatre pays (ou territoire) de l’échantillon (Arménie, Palestine, Liban, Grèce) dont la diaspora représente plus de 30% de la population du pays d’origine sont de petits Etats (ou territoires) ayant subi, au cours de leur histoire, un ou des désastres ayant provoqué des départs forcés. Ils possèdent également une longue tradition de commerce international (diaspora marchande). Les pays dont les effectifs d’émigrants et de membres de la diaspora sont proches (Maroc, Vietnam) sont des Etats d’émigration récente ou de la seconde moitié du XXe siècle. Leur diaspora est en voie de formation. La diaspora des Etats plus peuplés (plus de 60 millions d’habitants) tels que la Chine, l’Inde, le Mexique, les Philippines et la Turquie n’est souvent pas beaucoup plus nombreuse que l’effectif de leurs émigrants et ne dépasse pas 10% de leur population. Cette brève analyse montre qu’il n’est pas possible de fonder une définition des notions de diaspora et de communauté transnationale uniquement sur des critères statistiques ou cartographiques et qu’il est nécessaire de faire appel à d’autres critères de nature historique, sociologique ou politique.