Les liens de la frontière. Enjeux des circulations autour de la frontière indo-népalaise

Par Tristan Bruslé
Comment citer cet article
Tristan Bruslé, "Les liens de la frontière. Enjeux des circulations autour de la frontière indo-népalaise", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 14/11/2018, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/part3/les-liens-de-la-frontiere-enjeux-des-circulations-autour-de-la-frontiere-indo-nepalaise

En 1977, le Premier ministre indien Desai rappelle au parlement indien : « Nous sommes liés au Népal par les liens de la géographie, par des intérêts économiques mutuels et par des liens religieux, sociaux et culturels entre nos deux peuples d’une manière unique sans équivalent ailleurs dans le monde ». Le traité de 1950 et les suivants réaffirment la nécessité de ces liens transfrontaliers à la fois impulsés par les pratiques des habitants et par des considérations géopolitiques. Les rapports déséquilibrés au profit de l’Inde font que les demandes d’abrogation du traité de 1950 sont fortes du côté du Népal même s’il est peu probable que le texte soit révisé. Il est aussi certain que Katmandou tire aussi son épingle du jeu par l’accès de ses ressortissants au marché du travail indien. Delhi, loin de vouloir contenir les flux de population, milite pour davantage de contrôles tout en souhaitant un assouplissement progressif des barrières douanières entre les deux pays.

Aujourd’hui la frontière ouverte participe de la mainmise de l’Inde sur le Népal. À ce titre, elle s’inscrit dans la politique de sécurité du pays et lui permet de maintenir sa domination politique ou économique sur le versant sud de l’Himalaya. La vulnérabilité du Népal enclavé est renforcée par la puissance de l’Inde à ses frontières. Pour les habitants, la circulation permanente rend la séparation frontalière ténue. La double nationalité, interdite par les deux États, est néanmoins un fait avéré pour les populations frontalières ou d’autres Népalais installés en Inde. La fluidité des mouvements fait que l’Inde et le Népal ne sont pas vraiment des pays étrangers. L'effacement de la frontière internationale participe de ces perceptions mais il a aussi tendance à exacerber le nationalisme ou le sentiment anti-indien des hommes politiques népalais pour qui Delhi est un acteur trop important des changements politiques internes au Népal.