Les liens de la frontière. Enjeux des circulations autour de la frontière indo-népalaise

Par Tristan Bruslé
Comment citer cet article
Tristan Bruslé, "Les liens de la frontière. Enjeux des circulations autour de la frontière indo-népalaise", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 15/11/2018, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/part3/les-liens-de-la-frontiere-enjeux-des-circulations-autour-de-la-frontiere-indo-nepalaise

Le commerce transhimalayen entre le Tibet et l’Inde, ou entre le Népal et l’Inde, a toujours fait fi des frontières même si il a été réglementé dès les premiers traités entre les deux pays. Les traités commerciaux de 1960 et de 1996 prenaient en compte les niveaux de développement différents des deux pays et le besoin de protection de l’économie népalaise. Celui d’octobre 2009 accompagne la forte croissance des échanges népalo-indiens de ces dix dernières années et doit permettre de renforcer l’intégration économique des deux pays. Vingt-six points de passage, quinze routes de transit vers les ports indiens et une vers le Bangladesh ont été définis pour organiser les échanges de biens entre les deux pays. Même si les taxes à l’exportation sont maintenues, les deux pays ont pour objectif de créer, à terme, un marché commun avec des droits de douanes minimaux pour améliorer le commerce bilatéral. Bien que de nombreux produits népalais soient totalement exempts de taxes (produits agricoles, plantes médicinales, etc.), les termes de l’échange sont très déséquilibrés. La dépendance du Népal vis-à-vis de l’Inde augmente – l’Inde représente les deux tiers du commerce extérieur népalais – notamment pour les produits pétroliers et les véhicules à moteur. Quant au Népal, il exporte principalement de la tôle ondulée, du fil, des fibres de polyester et de la jute.

Si le traité avantage formellement le Népal, dans les faits, l’Inde tire meilleur parti des accords bilatéraux. Les programmes de coopération indiens en matière d’infrastructures visent d’ailleurs à la construction de routes nord-sud reliant le nord de l’Inde au Téraï népalais et à la mise en place de postes frontière intégrés facilitant l’exportation de marchandises indiennes. Si la Chine veut faire du Népal son avant-poste commercial en Asie du Sud (elle développe les routes dans la partie nord du pays), l’Inde, premier investisseur étranger dans le pays, met également les moyens pour garder le Népal sous sa coupe commerciale. Enfin, l’Inde peut instrumentaliser la frontière et l’utiliser comme moyen de pression. Ainsi, de mars 1989 à juin 1990 elle a unilatéralement décidé de sa fermeture pour protester contre un rapprochement du Népal avec la Chine et a institué, contre la volonté du gouvernement népalais, un visa de travail pour les Indiens dans la vallée de Katmandou.

Comme la frontière est poreuse, la contrebande, de produits légaux ou illégaux, est élevée. Les « routes des voleurs » ou simplement la corruption aux postes de douane permettent l’exportation vers l’Inde de bois et de drogues et l’importation au Népal de ciment, de produits phytosanitaires ou de céréales subventionnées. Enfin, alors que les frontières himalayennes sont des rivières, la question du partage des ressources hydrauliques doit être abordée car 46% de l’eau du Gange provient des rivières népalaises et donc franchit la frontière. Les premières correspondances à propos des ressources en eau entre l’Inde britannique et le Népal datent de 1874. L’Inde finance des barrages hydroélectriques et d’irrigation sur les rivières en territoire népalais, notamment dans le Téraï, mais une fois de plus, cette coopération est jugée suspecte côté népalais.