Le Cachemire en quête de frontières

Par Christophe Jaffrelot
Comment citer cet article
Christophe Jaffrelot, "Le Cachemire en quête de frontières", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 22/10/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/part3/le-cachemire-en-quete-de-frontieres

À partir de 2004, Musharraf et Vajpayee amorcent un « dialogue composite » qui comporte une demi douzaine d'éléments, dont la question du Cachemire.

Les éléments du dialogue composite


Les autres sujets de discussion étaient le Siachen, Sir Creek, une rivière entre le Sind et le Gujarat où l’Inde situait la frontière au centre du cours d’eau quand les Pakistanais voulaient l’inscrire sur la rive indienne ; Wullar Dam, un barrage que les Indiens souhaitent construire sur un des affluents de l’Indus appartenant au Pakistan (d’après le partage des eaux acté par le Indus Water Treaty de 1960) ; la lutte contre le terrorisme ; la promotion de la coopération économique et les échanges culturels.

Cinq rounds de négociations ont lieu en quatre ans, mais l’Inde tarde trop à reconnaître le désir de Musharraf de rapprocher les points de vue. Quand Manmohan Singh et son équipe en conviennent, il est trop tard, Musharraf ayant perdu au Pakistan le crédit qui aurait pu lui permettre de faire accepter un compromis à son opinion publique et à l’armée. Les attentats de Mumbai, en novembre 2008, conduisent l’Inde à suspendre le dialogue composite étant donné les réticences de l’État pakistanais à arrêter des leaders islamistes impliqués, d’après New Delhi, dans cette tragédie. Le dialogue entre les deux pays reprend en février 2010 sous la pression des États-Unis mais le Cachemire n’est plus à l’ordre du jour.

Le litige frontalier qui oppose l’Inde et le Pakistan au Cachemire est structurant. Au-delà du territoire, l’identité profonde des deux pays est en cause, en plus de nombreux intérêts économiques et corporatistes (celui des hommes politiques pakistanais et de l’armée en particulier). Cette frontière est donc appelée à demeurer une pomme de discorde pendant bien des années encore.

Sa qualité peut toutefois évoluer. De ligne de contrôle hérissée de fils de fer barbelés, elle peut se muer en soft border suivant l’état des relations diplomatiques entre New Delhi et Islamabad. Mais cette frontière est l’otage d'une part des nationalistes indiens – et encore plus hindous – qui ne peuvent renoncer au Cachemire, et d'autre part de l'armée pakistanaise et de groupes islamistes qui refusent de voir la question réglée au détriment du Pakistan. Transformer la LoC reviendrait, pour eux, à capituler devant l’Inde en jetant aux poubelles de l’histoire des décennies de lutte. Nul doute que ces acteurs, en partie non étatiques – mais très liés à l’establishment militaire et à certains partis politiques – s’efforceront de torpiller les solutions éventuellement envisagées en haut lieu. Consubstantielle aux deux pays nés de la partition, la frontière entre l’Inde et le Pakistan au Cachemire a donc vocation à rester un problème insoluble.