Le Cachemire en quête de frontières

Par Christophe Jaffrelot
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Christophe Jaffrelot, "Le Cachemire en quête de frontières", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 22/10/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/part3/le-cachemire-en-quete-de-frontieres

Le Pakistan ne se résignera jamais au statu quo au Cachemire. En 1965, Islamabad passe à l’offensive dans cette province, certain que l’Inde est orpheline depuis la mort de Nehru en 1964 et que les musulmans du Jammu et Cachemire se soulèveront à la première occasion venue. Mais il n’en est rien et le successeur de Nehru, Lal Bahadur Shastri, se révèle un chef de guerre hors pair. Trois semaines après les infiltrations pakistanaises au Cachemire et dans le Rann de Kutch, à la frontière entre le Sind et le Gujarat, la réplique de l’armée indienne force le Pakistan à un cessez-le-feu humiliant. Le traité de paix de Tachkent, en janvier 1966, se veut toutefois équilibré. D’un côté, l’Inde rétrocède au Pakistan le col de Haji Pir et la ville de Kargil mais de l'autre, New Delhi obtient une reconnaissance officielle de la ligne de cessez-le-feu.

La guerre suivante a pour principal enjeu le Pakistan oriental où les Bengalis se mobilisent pour obtenir une autonomie plus poussée puis l’indépendance, avec l’aide de l’Inde dont l’intervention, en décembre 1971, permet la naissance du Bangladesh. Mais le Cachemire est au coeur des négociations de paix qui, cette fois, se tiennent en Inde, à Shimla. Non seulement l’Inde récupère Kargil mais elle obtient que le Pakistan renonce à internationaliser ce dossier : désormais, son règlement ne pourra être que bilatéral. Sans que la ligne de contrôle ne soit transformée en frontière internationale, les deux parties s’engagent à respecter son tracé, une position que Zulfikar Ali Bhutto n’aurait pas pu faire admettre à ses compatriotes.

Une troisième opération militaire n’en aura pas moins lieu, en 1999, dans la région de Kargil et de Drass où la ligne de contrôle n’a jamais été tracée en raison du caractère fort accidenté du relief, certains massifs culminant à 5 000 m. Cette fois encore, des infiltrations sur les hauteurs de la ville sont à l’origine des hostilités. Islamabad les attribuera à des troupes irrégulières. Mais il ne s’agit que d’une guerre éclair, l’Inde délogeant les intrus des sommets où ils ont établi leurs positions en quelques jours et Washington faisant pression sur Islamabad pour qu’il accélère le repli.