Le Cachemire en quête de frontières

Par Christophe Jaffrelot
Comment citer cet article
Christophe Jaffrelot, "Le Cachemire en quête de frontières", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 23/04/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/part3/le-cachemire-en-quete-de-frontieres

Comme les autres litiges frontaliers mentionnés plus haut, la question du Cachemire est un héritage du colonialisme mais pour d’autres raisons que dans le cas des lignes McMahon et Durand. Le tracé d’une ligne de partage n’est pas ici en cause. Le problème vient plutôt du choix que les Britanniques ont laissé aux princes, en 1947, d’opter, ou bien pour l’Inde, ou bien pour le Pakistan ou encore de préférer l’indépendance. Le Maharajah - hindou - du Jammu et Cachemire, bien qu’à la tête d’un État à 80% musulman que les promoteurs du Pakistan considéraient comme leur, n’a pas d’emblée opté pour le « pays des Purs » au mois d’août 1947. Celui-ci a donc coupé les voies de communication qui le reliaient à l’Inde (et qui passaient alors par Lahore), puis soutenu l’attaque des tribus pathanes du 22 octobre 1947. Le Maharajah a donc appelé à l’aide New Delhi qui lui a promis son soutien s’il adhérait à l’Union indienne ; ce qu’il a fait, mais la reconquête du terrain perdu s’est avérée difficile en raison notamment de problèmes de communication – l’armée indienne a dû, en effet, tracer une nouvelle route pour contenir l’offensive pakistanaise.


L’affaire cachemirie a d’emblée acquis une dimension internationale puisque l’Inde a saisi l’ONU pour qu’elle condamne l’agression pakistanaise. Mais la résolution 47 du 21 avril 1948 s’est contentée de prévoir l’organisation d’un référendum, étant donné que la majorité des habitants de la région étaient des musulmans et que l’organisation internationale souhaitait vérifier qu’ils désiraient bien rester en Inde. New Delhi refuse alors une décision mettant sur le même plan, à ses yeux, la victime et l’assaillant. Il faudra deux résolutions du Conseil de sécurité appelant les parties en présence à la retenue pour qu’un cessez-le-feu intervienne enfin le 1er janvier 1949. La ligne de cessez-le-feu ou ligne de contrôle découpe désormais la province en deux parties. À l’ouest, l’Azad Kashmir (ou Cachemire libre) – que l'Inde appelle Pakistan Occupied Kashmir (POK) -, avec Muzzafarabad pour capitale et les territoires du Nord (récemment rebaptisés Gilgit-Baltistan) sous administration directe de Karachi (puis d’Islamabad), représentent 11% du territoire pakistanais. À l’est, le Jammu et Cachemire devient un État de l’Union indienne au statut particulier puisque l’article 370 de la constitution indienne lui accorde une plus grande autonomie.