Le pari du numérique

Par Marie-Françoise Durand et Christian Lequesne
Comment citer cet article
Marie-Françoise Durand et Christian Lequesne, "Le pari du numérique", CERISCOPE Frontières, 2011, [en ligne], consulté le 23/03/2019, URL : http://ceriscope.sciences-po.fr/content/le-pari-du-numerique

Plan de l'article:

Le choix du thème pour cette première édition du Ceriscope résulte très largement du constat que la frontière est marquée, dans le monde contemporain, par la dialectique de la revendication et du dépassement. La posture du chercheur ne saurait donc se limiter à affirmer que la frontière a disparu (la fin des frontières) ou, au contraire, que celle-ci est plus présente que jamais (la conservation des frontières). Le travail empirique montre plus subtilement que la frontière est soumise en permanence à un mouvement de balancier entre pérennité et transgression.

La frontière politique, qui borne les Etats et donne corps au principe de la souveraineté, continue aujourd’hui à organiser la carte du monde. Comme le souligne Karoline Postel Vinay dans sa contribution, la frontière politique est marquée par un principe d’universalisation à défaut d’universalité. Derrière les frontières des Etats se perpétuent autant d’histoires singulières qui ont forgé des identités fortes, des différences sensibles de développement économique (Espagne/Maroc ; Etats-Unis/Mexique), de régime politique, notamment une distinction qui reste pertinente entre liberté et autoritarisme. Que l’on pense en Europe à la longue frontière entre la Pologne démocratique et la Biélorussie qui demeure la dernière dictature post-soviétique d’Europe orientale. La contestation de cette frontière politique est aussi un enjeu de pouvoir, de revendication politique que le droit international essaye de réguler par la norme
La frontière n’est cependant pas – et n’a d’ailleurs historiquement jamais été – un mur infranchissable. Elle est par essence une limite que l’on franchit, que l’on traverse et parfois que l’on transgresse et force avec douleur. Le Ceriscope entend s’attacher à décrire les phénomènes de circulation et d’échange qu’aucune frontière n’a jamais pu réduire à néant : les flux migratoires, les échanges économiques (y compris illicites), les solidarités identitaires, les réseaux sociaux qui débouchent sur l’émergence de phénomènes que la littérature qualifie souvent de transnationaux (diasporas, réseaux économiques et sociaux souvent marqués par l’informalité). Le Ceriscope n’ignore pas les mécanismes de surveillance de la frontière associés à la notion de sécurité, mais il entend montrer que ceux-ci ne sauraient jamais complètement venir à bout des circulations, des flux et des solidarités. La contribution de Didier Bigo montre combien ce monde de flux a conduit parfois à déplacer la surveillance au-delà des frontières, dans l’espace interne des Etats.